Les Cascades

Présentation des Cascades


Situation géographique et organisation administrative


 Situation géographique

La région des Cascades est située à l’extrême Sud-ouest du Burkina Faso et s’étend entre les coordonnées géographiques suivantes : 9°25’ et 10°37’ latitude Nord ; 3°50’ et 4°46’ longitude Ouest (carte 1). Elle est limitée :

  • au Nord par la région des Hauts Bassins ;
  • au Sud par la République de Côte d’Ivoire ;
  • à l’Est par la région du Sud-ouest ;
  • à l’Ouest par la République du Mali.

Elle constitue de ce fait, une zone frontalière avec la Côte d’Ivoire et le Mali.

Carte 1 : localisation de la région des Cascades

 

Banfora, chef-lieu de la région, est distant de 85 Km de Bobo-Dioulasso et de 450 km de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso.

La région des Cascades occupe une position géostratégique, car située au centre de la zone dite « SKBo ». Cette zone qui est composée des régions de Sikasso, Korhogo et Bobo, est suscitée par la CEDEAO et recommandée par le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT, rapport de phase II) comme pôle d’échanges et de développement économique et touristique transfrontaliers. Elle s’inspire du « Concept de pays frontières ou d’intégration de proximité » objet du mémorandum de janvier 2005 des ministres des affaires étrangères des pays membres de la CEDEAO. Cette structure a changé de dénomination suite à l’assemblée générale constitutive de l’Union Transfrontalière des Collectivités Territoriales de l’Espace (UTCTE) Sikasso, Korhogo, Bobo Dioulasso, tenue à Korhogo les 20 et 21 décembre 2016. Elle devient en abrégé UTCTE-SKBo.

Partageant une longue frontière avec la Côte d’Ivoire, la région des Cascades est la porte d’entrée des approvisionnements, par voies ferroviaire et routière, provenant de ce pays ou y transitant.  

La proximité de Banfora avec l’important pôle économique qu’est Bobo-Dioulasso présente aussi des avantages certains. En effet, certaines consultations médicales spécialisées des populations des Cascades se font dans cette ville.

Au revers des opportunités ci-dessus mentionnées, la position géographique de la région l’expose à un certain nombre de problèmes dont l’insécurité due à la prolifération et la circulation des armes légères favorisées par la porosité des frontières, le grand banditisme et les attaques terroristes, ainsi que la propagation des maladies comme le VIH/SIDA.


 Organisation administrative

Créée par la loi N°2001-013/AN du 02 juillet 2001 portant création des régions, la région des Cascades regroupe deux provinces : la Comoé et la Léraba (carte 2). Elle couvre une superficie de 18 424 km², soit 6,7% du territoire national. La province de la Comoé occupe 83,6% du territoire régional, soit 15 405 km2 et celle de la Léraba occupe 16,4%, soit 3 019 km2.

Elle compte, outre les deux provinces, dix-sept (17) départements et dix-sept (17) communes dont trois (3) communes urbaines et deux-cent quatre-vingt-huit (288) villages.

A côté de cette organisation administrative, la région est soumise à une organisation traditionnelle dirigée par les chefs de terre et les chefs de village. Ces derniers assurent les fonctions de gérant du domaine foncier et de la paix dans les villages.

Carte 2 : carte administrative de la région des Cascades

 

Le tableau ci-dessous présente le découpage administratif de la région. 

organisation administrative


  Milieu humain 


 État et structure de la population

 État de la population

Selon les résultats des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitatation (RGPH), l’effectif de la population de la région des Cascades était de 334 303 habitants en 1996 et de 531 808 habitants en 2006. Ces résultats montrent donc un taux d’accroissement annuel moyen de 4,7% entre 1996 et 2006. Par ailleurs, la population est estimée à 766 540 habitants en 2016. Cette tendance à la hausse se maintiendra dans la région des Cascades pour la période allant de 2015 à 2020, selon les projections démographiques, comme l’indique le graphique ci-dessous.

En 2006, la population de la région des Cascades était inégalement répartie dans l’espace. Sur les 531 808 habitants qu’elle comptait, 407 528 résidaient dans la province de la Comoé, soit 76,63% et 124 280 dans la province de la Léraba, soit 23,37 %. Selon les prévisions démographiques réalisées par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) en 2009, la tendance générale de la répartition de la population va se maintenir au cours de la période 2015 à 2020. Ainsi, la province de la Comoé restera majoritaire durant ladite période. Le tableau suivant donne la répartition par province de la population de 2015 à 2020.

Répartition par province de la population de 2015 à 2020

La province de la Comoé, bien qu’abritant plus du tiers de la population régionale, possède la plus faible densité, soit 26,45 habitants au km² contre 41,16 habitants au km2 pour la province de la Léraba.  Cela peut être expliqué par le fait que la province de la Comoé soit très vaste, 15 405 km², soit 83,6% de l’espace régional contre 3 019 Km² pour la province de la Léraba, soit 16,4% de la superficie de la région. 

Sur le plan régional, la densité moyenne est passée de 14 habitants au km² en 1985 à 18 habitants au km² en 1996. Cette densité a atteint 29 habitants au km² en 2006, contre une moyenne nationale qui est de 51 habitants au km² à la même période. Selon les projections de l’INSD, la population qui ne cesse d’accroitre est estimée à 766 540 habitants en 2016, soit une densité de 41,6 habitants/km².

La majeure partie de la population de la région des Cascades réside en milieu rural. En conséquence, le taux d’urbanisation très faible est de l’ordre de 19,25% contre une moyenne nationale de 22,7 %.

 Structure de la population

Selon les résultats du RGPH 2006, la région des Cascades est à majorité féminine. En effet, ces résultats montrent qu’en 2006, elle était constituée de 50,85% de femmes et 49,15% d’hommes.

Selon les projections démographiques réalisées par l’INSD en 2009, l’effectif des femmes continuera à être plus élevé que celui des hommes sur toute la période 2016-2020. En 2016 par exemple, on note qu’environ 51,43% de la population est de sexe féminin.

Le tableau ci-dessous donne la structure par grands groupes d’âge de la population de la région.

Structure par âge de la population 

 

La région des Cascades est caractérisée également par sa forte jeunesse. En effet, la proportion des jeunes de moins de 15 ans représentait 46,36% de la population totale en 2006. En 2016, selon les projections démographiques, les jeunes de moins de 15 ans sont estimés à 362599, soit 47,30% de la population régionale. Les jeunes de moins de 20 ans sont estimés en 2016 à 451822, soit 58,94% de la population totale, ce qui implique des défis majeurs à relever sur les plans scolaire, sanitaire, etc. 

La tranche d’âge comprise entre 15 et 64 ans considérée comme population active est évaluée à 50,60% de la population régionale en 2006. Cette tranche d’âge va concerner 50,45% de la population totale en 2016 environ 386 778. Les personnes âgées (65 ans et plus) quant à elles ne représentent que 17163, soit 2,24% de la population totale. 

 Dynamique démographique

  • Natalité

Il ressort des résultats du RGPH-2006 que la région des Cascades présente un taux brut de natalité de 47,2 ‰ contre 45,8 ‰ pour l’ensemble du pays. Ce taux varie en fonction du milieu de résidence et de la province de résidence. En effet, à la même année, le taux brut de natalité était de 48,9 ‰ en milieu rural contre 30,5 ‰ pour le milieu urbain. Selon la province, il était de 47,9 ‰ dans la Léraba contre 47,0 ‰ dans la Comoé.

Par ailleurs, en 2006, l’espérance de vie à la naissance était de 54,3 ans contre 56,7 ans pour le Burkina. Selon le genre, il se situait à 52,5 ans pour les hommes et 56,2 ans pour les femmes.

  • Fécondité

Le taux de natalité élevé en 2006 se justifie par un indice synthétique de fécondité (ISF) élevé de 6,2 enfants identique à la moyenne nationale. Il varie selon les provinces ; 6,6 pour la Léraba et 6,1 pour la Comoé.

Toutefois, l’ISF régional a connu une baisse sensible et se situe à 6 enfants par femme en 2010 selon les résultats de l’EDS 2010.

  • Mortalité

Le taux brut de mortalité (TBM) en 2006 évalué à 12,2‰ est au-dessus de la moyenne nationale qui se situe à 11,8‰. Selon les résultats de l’EDS 2010, la région a enregistré un quotient de mortalité infanto-juvénile de 170‰ contre une moyenne nationale de 129‰. Ce qui implique une hausse de la mortalité de cette frange de la population régionale, car ce taux se situait à 164,7‰ en 2006. 

De façon spécifique, on note une tendance baissière de la mortalité infantile entre 2006 et 2010 (101,5‰ en 2006 contre 96‰ en 2010). Par contre, une aggravation de la mortalité juvénile est observée au cours de la même période (81‰ en 2010 contre 64,6‰ en 2006).

  • Mouvements migratoires

En considérant le dernier recensement de la population en 2006, les mouvements migratoires se font en direction de la région des Cascades. Ainsi, sur le plan interne, les entrants étaient deux fois plus nombreux (89 320) que les sortants (40 080) dégageant un solde migratoire positif, soit 49 240. La région constitue alors une zone de convergence de migrants en provenance d’autres régions du Burkina Faso à la recherche de conditions propices à l’activité agro-sylvo-pastorale. Toutefois, cet état de fait mérite une attention particulière car il cause un préjudice à la gestion durable des ressources naturelles et engendre des conflits entre agriculteurs et éleveurs.

Dans l’ensemble, l’immigration dans la région est surtout liée à la recherche de meilleures conditions de vie telles que la recherche d’un travail, le gain de terres cultivables, la recherche de l’or dans les sites d’orpaillage. Mais, cette situation entraine d’une part la pression démographique, et d’autre part la pression foncière et agricole qui sont d’ailleurs les conséquences ultimes de l’explosion démographique.


    Organisation socio-culturelle


  • Fondement de l’organisation sociale

Le lignage représente la base de la structure sociale et réunit en un lieu bien circonscrit tous les descendants en ligne directe d’un ancêtre commun. Le doyen d’âge du lignage est le chef du lignage. La répartition spatiale des populations dans les différents villages s’est faite en fonction du lignage et de la provenance dans la majorité des cas. Le chef de lignage s’occupe de la gestion du patrimoine foncier de son lignage en assurant sa redistribution et en gérant les conflits nés de l’occupation des terres.

  • Histoire du peuplement et caractéristiques linguistiques et religieuses

L’histoire du peuplement de la région est intimement liée à l’histoire des Karaboro et des Sénoufo venus de la Côte d’Ivoire vers le 18è siècle. Ces groupes ethniques (Karaboro, Sénoufo, Turka et goins) considérés comme les autochtones sont rejoints plus tard par d’autres groupes ethniques tels que les Dioula venus du Mandé, les Mossi, les Peuls, les Dagara, les Lobi, les Bobo, les Samo, etc.

Sur le plan linguistique, le dioula est la langue nationale la plus parlée dans la région, soit (18 %). Elle est suivie du mooré (16%), le sénoufo (15%), le gouin (11%) et le fulfuldé (6%).

Sur le plan religieux, environ 9 personnes sur 10 déclarent appartenir à une religion en 2006. Cette appartenance est à majorité musulmane, soit 76,6%, contre 8% de chrétiens et 14,2% d’animistes selon le RGPH 2006. 

  • Organisation politico-administrative traditionnelle

La gestion du pouvoir traditionnel est l’apanage du chef de village, des chefs de quartier, des chefs de terre et des sages notables qui gèrent la vie socio-politique et coutumière des villages de la région.

Le chef de village détient le pouvoir traditionnel, gère la vie socio politique du village, tranche les litiges et les conflits sociaux locaux. Il sert d’interface entre la population et l’administration. 

Les responsables de quartier : le plus âgé d’un quartier ou d’un hameau ou le premier à s’y installer, y est considéré comme le responsable. Ils sont l’interface entre le chef du village et la population du quartier. L’attribution et le retrait de la terre passent par eux. 

Les chefs de terre (un chef par quartier) qui jouissent d’un droit divin sur le terroir assurent l’exécution des rites coutumiers relatifs au foncier. À cet effet, ils jouent le rôle de chefs coutumiers.


 Place de la femme dans la société


La femme participe activement à la création de richesse au niveau familial dont la gestion et le contrôle reviennent à l’homme. En plus des travaux ménagers (préparation, entretien et soins des enfants, transformation des céréales, recherche d’eau, de bois etc.) qui l’occupent et la surchargent, la femme participe activement aux travaux champêtres, à l’élevage et s’adonne également à l’artisanat. Les droits économiques lui sont reconnus mais elle reste tout de même économiquement dépendante de son mari qui peut parfois profiter de ses revenus. Au niveau du commerce, elle est présente dans le secteur du petit commerce des légumes, de la petite restauration, de la production de beurre de karité où elle détient le monopole du savoir-faire.

Sur le plan décisionnel, la part du pouvoir de la femme s’améliore mais reste limitée, que ce soit au sein de la famille ou de la communauté.

Concernant l’accès de la femme à la terre, on peut relever que la position de la femme, lorsqu’elle est mariée est toujours déterminée par le fait qu’une épouse est étrangère et restera étrangère. Elle n’a de droit qu’à travers son époux. Elle peut néanmoins obtenir des droits temporaires sur des parcelles ou hériter de la rizière de leur mère. Toutefois, il existe de nos jours des femmes propriétaires terriennes, possédant donc des titres fonciers.


 Populations et pauvreté


En 2014, l’incidence de la pauvreté ou encore la proportion de pauvres (P0) est de 22,7% contre 40,1% pour le niveau national. La profondeur de la pauvreté (P1) et la sévérité de la pauvreté (P2) qui mesurent respectivement l’écart moyen de la consommation des pauvres au seuil de pauvreté et les inégalités entre les pauvres se situent respectivement à 4,4% et 1,3% contre respectivement 9,7% et 3,3% pour le niveau national.

Incidence de la pauvreté de la région (%)

L’analyse des données montre que la pauvreté dans la région des Cascades a reculé de manière significative au cours de la période 2009-2014. En effet, le taux de pauvreté a baissé d’environ 5 points en termes de pourcentage. Ce recul concerne également la profondeur et la sévérité de la pauvreté.

L’incidence de la pauvreté alimentaire, qui est la proportion des individus dont les dépenses alimentaires sont en dessous du seuil alimentaire est de 41,3% contre une moyenne nationale de 57,7%. Ainsi, près de 2 personnes sur 5 dans la région des Cascades sont alimentairement pauvres. La pauvreté alimentaire est significativement plus élevée que la pauvreté monétaire.

L’incidence de l’extrême pauvreté, qui est la proportion des individus dont le montant des dépenses totales (alimentaires et non alimentaires) ne permettent pas de couvrir les besoins caloriques minima (2 283 kcal/jour/personne) s’ils devraient consacrer la totalité de leurs dépenses à l’achat de biens alimentaires, est de 3,2%. Elle est inférieure à la moyenne nationale qui est de 11,1%. Autrement dit, trois (3) personnes sur cent (100) ne parviendraient pas à couvrir leurs besoins alimentaires de base même si elles devaient consacrer la totalité de leurs dépenses à l’achat des biens alimentaires. 

Il convient de retenir à la lecture des données que l’amélioration des conditions de vie de la population entre 2009 et 2014 se traduit beaucoup plus par un gain de satisfaction des besoins non alimentaires que par l’amélioration de la qualité de la consommation alimentaire.


Occupation des terres


Selon la base des données d’occupation des terres (BDOT, 2002), la répartition dans la Région des Cascades peut se faire comme indiqué dans le tableau cidessous :

Occupation des terres dans la région des Cascades

Le constat qui se dégage est que l’évolution des superficies des cultures pluviales est passée de 345.206ha en 1992 à 539.938ha en 2002, soit une hausse de 56,4% des terres défrichées en 10 ans. On note également une diminution du couvert forestier (savanes et forêts) dont le total en 1992 qui couvrait une superficie de 1 388 594 ha est passé à 1 088 992 ha en 2002. Ce qui représente une régression d’environ 22% de conversion de la superficie des formations forestières.

La carte ci-dessous illustre l’occupation des sols de la région des Cascades.


Habitat et urbanisme 


Selon l’enquête multisectorielle continue (EMC) réalisée en 2014, dans la région des Cascades, 20,9% des ménages utilisent l’électricité réseau comme principale source d’éclairage contre une moyenne nationale de 19,3%. En ce qui concerne le nombre de pièces du logement, les logements des ménages sont composés en moyenne de 3,3 pièces. 

Concernant l’habitat, 72% des ménages habitent toujours dans les zones non loties, 14,6% d’entre eux vivent dans la promiscuité (plus de 3 personnes par pièce), 73% ont des logements constitués de matériaux précaires. S’agissant de l’eau de boisson, 88,2% des ménages dans les Cascades ont économiquement accès à l’eau potable contre une moyenne nationale de 76,3%. Quant à l’assainissement, environ 40% des ménages défèquent toujours dans la nature.  Le taux d’accès à l’assainissement amélioré est de 5,8% contre une moyenne nationale de 8%. Comparativement à 2009, la situation de l’habitat, de l’assainissement et d’accès à l’eau potable s’est globalement améliorée.

En ce qui concerne l’urbanisme, la majeure partie de la population de la région des Cascades réside en milieu rural. En conséquence, le taux d’urbanisation très faible est de l’ordre de 19,25% contre une moyenne nationale de 22,7 %. On note une variation très timide, car il se situait à 18,42% en 2006.


Problématique de la démographie


Les tendances démographiques de la région des Cascades la condamneraient à consacrer une part de plus en plus importante de ses ressources pour satisfaire les investissements démographiques.

En effet, le fort taux de croissance enregistré ces dernières années (4,7% entre 1996 et 2006) pose avec acuité la question d’intégration des variables démographiques dans les politiques publiques en général et dans le Plan régional de développement en particulier. Par exemple sur le plan sanitaire, les données du tableau 14 ci-dessous sont illustratives. 

population couverte par CSPS dans la région en 2017

C’est pourquoi, il est plus qu’urgent d’intensifier les actions en direction d’une Politique Nationale de Population (PNP) plus vigoureuse, combinant plusieurs mesures à la fois pour promouvoir l’éducation des femmes, la santé maternelle et la santé de la reproduction. 


    Synthèse du diagnostic de la situation socioéconomique


L’analyse diagnostique de la région des Cascades a permis de faire ressortir de façon sectorielle les opportunités, les atouts, les menaces et les contraintes de développement. La présente synthèse fait l’économie des atouts et des contraintes de développement de la région.